Interview de Mme. Hédou

387 / Report'UT | PG | 28/03/2018 | 0 commentaires

PG : Bonjour Madame Hédou, merci d’être là aujourd’hui pour répondre à quelques questions pour le Fil ! VH : Bonjour ! Oui, je ferai de mon mieux.

PG : Lisez vous LeFil ? VH : Oui ! Je suis une fidèle du Fil. Je ne dis pas que j’ai lu tous les numéros, mais j’essaie, et je m'amuse beaucoup avec le best of profs parce que je vois mes collègues passer dedans. Je n’y suis passée qu’une seule fois. PG : Vous avez de la chance ! VH : Oui, et pourtant j’en ai dis des trucs sans faire exprès, mais ça n’a pas été relevé. PG : Il me semble effectivement que certains profs sont plus présents dans les BOPs. VH : Après, j’ai des collègues pour lesquels c’est un challenge, qui préparent pratiquement à l’avance certains trucs en se disant « avec ça je vais peut être passer dans le Fil ». Il y a des spécialistes.

PG : Quelles études avez-vous faites ? VH : Alors j’ai un profil 100% universitaire. Ca veut dire que j’ai fait toutes mes études à l’université, à l’époque c’était un DEUG (diplôme d'études universitaires générales), de la première année de DEUG jusqu’au doctorat. PG : Et ensuite à l’UTC ? VH : Non, pas tout à fait, c’est compliqué. En fait, quand on veut devenir enseignant dans le supérieur, la première chose c’est d’obtenir un doctorat. Moi j’ai mis un peu plus de huit ans après le bac pour finir ma thèse, donc après on a des petits postes qu’on appelle les ATER, les attachés temporaires d'enseignement et de recherches. Ils nous permettent d’enseigner à différents endroits, donc moi j’ai été à Vannes (je faisais ma thèse à Rennes). Et j’ai eu encore un poste un an à Nancy, dans une école d’ingénieur. En fait une fois qu’on a son doctorat, il faut obtenir la qualification aux fonctions de maître de conférences. On fait un dossier, c’est une réunion nationale et on est classés dans des sections qui correspondent aux maths, à la physique, etc. Une fois qu’on obtient cette qualification nationale, on postule sur tous les postes ouverts en France. Les postes de maître de conférence, il va y en avoir dans les universités, les IUTs, les IUFMs (instituts universitaires de formation des maîtres) et puis les écoles d’ingénieurs rattachées au ministère de l’enseignement supérieur.

PG : Et vous avez été accepté par l’UTC ? VH : Et donc j’ai postulé, j’ai envoyé une vingtaine de dossiers en France, donc partout en France. J'ai eu six ou sept auditions. J’ai fait le tour de France. PG : Ce sont comme des entretiens ? VH : Oui, ce sont des entretiens mais qui durent 20 minutes, une demie heure. PG : Ah ! Ce n’est pas très long pour le poste qui est en jeu! VH : Ah non non, c’est super court. Et après, à Compiègne j’ai été classé en première position. PG : Était-ce aussi ce que vous souhaitiez ? VH : Je vais dire que la conjoncture est telle que même avec un doctorat et la qualif, on est déjà content quand on a un poste. Il y en a énormément qui n’obtiennent pas de poste dans l’enseignement supérieur. Donc, voilà, j’étais contente d’avoir un poste, mais je n’aurais peut-être pas choisi Compiègne comme point de chute. Quand on vient de Rennes c’est un peu difficile. PG : Et cela fait combien d’années maintenant que vous êtes à l’UTC ? VH : Aha, longtemps ! Euh~, très longtemps ! Vous n’étiez pas nés ! (rires) PG : Ah quand même ! VH : Je suis arrivé en 98. PG : Ah, j’avais deux ans déjà !

PG : Vous faites aussi de la recherche ? VH : J’en ai fait, j’ai continué sur ce que j’avais fait pendant ma thèse. J’ai fait des maths appli et je ne voulais pas faire des maths pour faire des maths, je voulais vraiment que ça serve à quelque chose. J’avais ce besoin de servir à quelque chose. Ma thèse je l’ai faite à mi-temps au CHRU de Rennes, dans une équipe d’épileptologie. J’ai travaillé sur la reconstruction des électroencéphalogrammes. PG : Ça change vraiment de ce que vous enseignez dans vos UVs maintenant ! VH : Ah mais c’est des UVs de bases que j’enseigne maintenant. En fait tout ce que j’enseigne, en particulier l’algèbre linéaire, c’est la base pour faire ce genre de choses.

PG : D’ailleurs pourriez-vous me rappeler les UVs que vous enseignez à l’UTC ? VH : Je dirais que les principales UVs dans lesquelles j’enseigne sont MT90/91 et MT23. D’autres UVs où il m’arrive encore d’enseigner, il y a eu MT09 ou MT11 aussi. PG : Laquelle préférez-vous ? VH : MT23, parce que c’est vraiment mon élément, l’algèbre linéaire, les matrices tout ça. Dans ma thèse j’avais des matrices qui étaient un peu plus grosses, mes systèmes avaient 128^3 inconnues. Mais évidemment on utilise des ordinateurs, on a des méthodes numériques.

PG : Toujours sur le sujet des maths, étant donné que vous avez des étudiants qui sortent à peine du lycée, avez-vous observé une régression du niveau de math depuis que vous enseignez ? VH : Pas une régression, disons que le programme évolue. C’est vrai que les démonstrations ça se fait plus trop au lycée. Nous on ne faisait que ça, moi quand j’étais en terminale, mon cours c’était théorème, démonstration, lemme, démonstration. Vous n’avez plus trop l’habitude de la méthode de la démonstration. Le programme évolue, des fois il y des choses qui reviennent, d’autres qui partent. Il y a eu une période où les quantificateurs n’étaient plus au lycée, maintenant c’est à nouveau enseigné. Sur le papier on ne peut pas dire que l’évolution soit monstrueuse, c’est plus dans les habitudes. C’est vrai que si on prend le programme de MT90/91, on a été obligé d’enlever petit à petit des choses, parce que ça irait trop vite. On se focalise sur les notions les plus importantes et les choses un peu plus fines on est obligé de les laisser tomber. Sachant que certains d’entre vous vont en avoir besoin plus tard et ce sera à vous de l’étudier tout seul. Mais on a augmenté le nombre d’heures de cours aussi. Quand je suis arrivée, il n’y avait que deux heures de cours et deux heures de TD par semaines. Et là trois heures, trois heures, ça ne suffit pas encore je pense. PG : Quel est le futur de ces UVs ? VH : Le CEVU va travailler dessus, pourquoi pas rajouter une UV, mais rien n’est encore sûr. Peut-être déjà rajouter dès maintenant une heure de cours qui aiderait peut-être à aller moins vite. C’est quelque chose qui était souvent écrit dans les commentaires des UVs. Quand les étudiants disaient que j’allais trop vite, et bien mon commentaire c’est que je suis d’accord. Je suis d’accord mais je n’ai pas le choix. C’est soit je vais très vite et j’arrive à faire le programme, soit je ne termine pas mon programme. C’est vrai que le compromis est difficile à trouver. Et j’aimerais bien aller beaucoup moins vite. PG : Avez-vous des anecdotes d’amphi à partager ? VH : (un temps) Ah un truc dont je me souviens, c’est quand j’étais enceinte de ma fille. J’ai enseigné jusqu’à 15 jours avant la naissance. A l’époque les amphis n’avaient pas été rénovés et la boîte à craies était accrochée au tableau et dépassait. A chaque fois que j’écrivais je touchais la boite et je finissais le cours avec un trait blanc sur le ventre. Ce n’était pas du tout adapté à une fille enceinte à l’époque ! Je me souviens aussi d’un des premiers amphi que j’ai fait, morte de trouille. Là j’avais très peur justement du best of profs. Parce qu’une des premières UVs que j’ai enseignée, elle n’existe plus, (elle) s’appelait NF03 et il y avait une partie informatique, une partie automatique et une partie math appli. Donc moi normalement je ne faisais que la partie math appli mais j’ai du remplacer un collègue pour la partie informatique. Il a fallu que je fasse le cours en amphi sur le codage machine et que j’explique les octets, les bits on les prenait tant par tant etc, et je me suis dit ils vont se moquer de moi qui n’arrête pas de parler de bits dans cet amphi. Enfin, voilà, j’étais morte de trouille, je tremblais de la tête aux pieds. Et finalement tout s’est bien passé, mais c’était pas évident comme premier amphi !

PG : Un peu plus maintenant sur la vie étudiante : comment êtes-vous arrivée à vous occuper de la vie étudiante à l’UTC ? VH : Alors, c’est long ! Avant j’ai fait deux mandats au CA et encore avant j’étais élue au CEVU. Et au CEVU j’étais membre du FSDIE (Fonds de solidarité et de développement des initiatives étudiantes). J’ai un passé associatif assez important, j’ai toujours été membre d’associations, déjà quand j’étais gamine, étudiante. J’ai une maman qui était aussi dans le bénévolat, donc déjà ça fait partie de moi. Et donc le FSDIE c’est quelque chose qui me plaisait beaucoup. Et en fait pour revenir sur la question que tu me posais tout à l’heure sur la recherche, c’est vrai qu'en raison de ma vie personnelle, de la naissance des enfants et des problèmes que j’ai eus dans ma vie perso et pour plein de raisons professionnelles, j’ai arrêté la recherche. Et du coup j’avais l’impression de ne plus être à ma place ici, parce que je suis enseignant-chercheur et j’ai une conscience professionnelle qui faisait que j’avais l’impression d’escroquer mon salaire. Je ne me sentais pas bien du tout. J’ai fait un bilan de compétences, pour essayer de voir, je me suis dit si je ne fais plus de recherche, il faut peut-être que je change de métier, peut-être que je devienne enseignant tout court. Et puis en faisant ce bilan de compétence, je me suis rendue compte que--parce que je me posais la question de partir de l’UTC--que déjà j’étais plus attachée à l’UTC que je ne pensais, qu'enseigner c’est clair que ça me plaisait et que ça faisait partie de ma vie. Le but était que je devienne enseignant -autre chose. Et en fouillant, le truc qui me plaisait le plus c’était vraiment de m’occuper de la vie étudiante. Ce dont j’avais déjà conscience à la base, mais qui revenait dans tous les tests du bilan de compétences. Il y a eu un appel à candidature sur cette fonction, qui avait été créé peu de temps avant, Philippe Trigano a dû rester deux ans dessus. C’était quelque chose qui était assez récent à l’UTC, sur lequel nous n’avions pas encore beaucoup de remontées et moi je me suis dit j’y vais ! PG : Mais où intervient ce poste en fait ? VH : C’est une mission, en fait je suis chargée de mission. C’est le directeur de l’UTC qui nomme la personne qui est chargée de mission. Après je suis rattaché à la DFP, c’est une mission pédagogique. PG : Cela vous prend beaucoup de temps ? VH : Oui. Cela remplace largement le temps que m’aurait pris le recherche, très très largement, même plus. Il y a des semaines ça me prend beaucoup plus que 50% de mon temps. Typiquement hier je suis partie d’ici à vingt heures ; je réponds très souvent à mon mail jusqu’à minuit, une heure du matin. C’est vrai que le travail empiète énormément sur ma vie personnelle. Même quand je suis en vacances, je vais répondre à mes mails, je ne vais pas laisser une association dans la merde.

PG : Vous êtes donc amenée à participer à plusieurs grands évènements de l’UTC, lequel préférez-vous ? VH : Franchement, je serais bien incapable de dire lequel je préfère ! PG : Avez-vous le temps d’ailleurs de profiter de l’évènement ? VH : Oui, en général oui. La comédie musicale, je vais la voir, je prends le temps de la regarder, je suis spectatrice comme tout le monde. J’adore le cabaret aussi. L’IF j’y vais, il y a la soirée VIP et puis je reste un peu. C’est vrai que je ne vais pas y passer les deux jours, mais des fois je reviens quand même un petit peu le lendemain s’il y des concerts qui m’intéressent. Puis ça me permet de faire le tour du village associatif, de voir un peu tout le monde. La voie du houblon, je l’ai faite comme participante. Pendant la période d’intégration, où là je vais plus être présente pour les aider derrière que participer devant. PG : C’est toujours des moments un peu tendus non ? VH : L’intégration oui, puis c’est dur pour l’équipe en général : quand je vois qu’ils sont débordés, j’aide comme je peux. Mais j’essaye toujours de rester quand même en dehors, pas faire d'ingérence dedans. C’est à dire, d’accompagner, d’aider, de participer, mais j’estime que c’est surtout pas à moi de faire. C’est à moi de faire dans mon association, et j’en ai déjà assez à faire.

PG : Un dernier mot ou un message à faire passer aux étudiants ? VH : Eh bien je suis ravie d’être là, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place, je me sens très bien à la fois dans mon côté enseignant et du côté vie étudiante ! Et j’espère qu’eux aussi sont contents de la manière dont ça se passe.

PG : Merci beaucoup pour ce message motivant et le temps que vous nous avez accordé pour cet entretien !

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